Soirée 5 avril 2012

Bonjour et bienvenue à l’espace culturel de l’association Les Balustres.

Nous avons le plaisir ce soir de vous accueillir dans notre nouvel espace pour le lancement public de la réédition de l’ouvrage ” Pas comme des moutons : Les Juifs contre Hitler ” de Lucien Steinberg. Cet ouvrage a été édité pour la première fois en 1970, chez Fayard sous le titre La “Révolte des Justes : Les juifs contre Hitler “. Il a fait l’objet d’une édition anglaise sous le titre ” Not as a lamb “. Mais depuis trop longtemps il était épuisé et nous avons décidé de le rééditer.

L’insistance du négationnisme, la sortie médiatique du silence des familles de grands collaborateurs pour récupérer ce qu’ils considèrent encore comme leur bien, bien qu’ils aient été nationalisés, la sanctification de Céline en le mettant au programme de l’agrégation, témoignent de ce que le passé, pour rester bien analysé dans ses fondements, suppose de rester clair, ferme et explicatif sur qui a intérêt à quoi, à quelle fin, et avec quelles conséquences, aujourd’hui comme hier.

Notre association culturelle a pour objet la promotion de la réflexion, de la connaissance, de la diffusion de cette réflexion autour des idées, de la construction de nouvelles idées et réflexions, et ce avec, et autour, de l’écrit, du livre et de l’ensemble des supports qui le permettent.

Elle a donc logiquement décidé de se doter de tous les outils possibles pour promouvoir son objet, notamment l’édition. Elle retient comme outil moteur l’éducation populaire. Elle se fixe comme objectif de favoriser ce qui permet de réfléchir collectivement à ce qui génère la passivité et l’atonie de la société dans laquelle nous vivons, en nous demandant ce qui les provoque, et à quels intérêts cela répond. Son propos est de contribuer à y résister. Elle a choisi, dans cet esprit, de mêler connaissance, recherche de cette connaissance et construction des outils pour y parvenir, en nous servant de tous les modes d’expression et de toutes leurs formes.

Ainsi avons-nous décidé, après avoir remis les archives de Lucien Steinberg au Musée de la Résistance Nationale, de créer un outil supplémentaire en faisant de ce lieu un petit centre de documentation constitué des ouvrages, articles, collection des journaux de la Presse nouvelle magazine, cassettes, DVD, constituant une partie de l’environnement de travail de Lucien Steinberg.

Ce lieu sera en même temps une antenne de l’association parisienne des amis du Musée de la Résistance nationale et un lieu d’étude et de contact avec les centres d’archives connectés avec le Musée de la Résistance nationale. Il sera en même temps lieu de réflexion et de travail pour les amis qui travaillent aujourd’hui sur les conditions des assassinats de masse au Rwanda. Certains sont avec nous ce soir.

Notre objectif est que ce lieu soit ouvert aux chercheurs, aux doctorants, comme à tous ceux qui veulent comprendre et s’informer par eux-mêmes en allant chercher leurs informations à la source.

Quid de l’intérêt des sources ? Il est pour nous essentiel, aujourd’hui où l’apparente facilité d’accès aux informations par le web ne favorise pas les contrôles de qualité. Elle met sur le même plan les informations les plus fausses et les plus mensongères et les connaissances les plus scientifiquement fondées. Les fragilités de l’enseignement et les conditions de cet enseignement ne contribuent pas à développer l’esprit critique, lequel est pourtant indispensable pour être en mesure de se fabriquer sa propre approche. Tout lieu, outil ou conditions de rencontre et d’échanges nous paraît devoir être favorisé et promu. Nous nous situons dans ce cadre.

Ce centre de documentation ou d’information s’intègre naturellement dans la perspective plus large que nos statuts d’association culturelle nous offrent.

Les Balustres, association ouverte à tous et toutes, à chacune et chacun, propose à tous ceux qui veulent contribuer à penser autrement que ce que les « bien pensants » essaient de faire passer comme la pensée obligatoire de participer à un chantier nous semble-t-il, d’une grande actualité active et progressiste en s’intéressant à de nouvelles idées, de nouvelles propositions, de nouvelles connaissances, dans les champs des sciences, sciences sociales et sciences humaines, de façon la plus interdisciplinaire possible.

La perspective est de les mettre en discussion, de les confronter en toute liberté, sans tabou et sans formalisme, avec la plus grande exigence en ce qui concerne la qualité et l’intégrité intellectuelle. Plus généralement nous souhaitons contribuer à favoriser tout ce qui permet de prendre en main ses affaires, en tenant compte de l’intérêt général, dont l’étalon est la prise en compte de la situation de ceux qui sont vulnérables, quelles qu’en soient les sources et les raisons. Il nous semble nécessaire de comprendre et de travailler sur ce qui se passe à la fois dans notre société, et dans notre univers, lequel ne se limite ni à l’hexagone, ni aux actualités du 20 heures, déjà dépassées à 20h 01. Nous avons relevé qu’il n’existait pas de lieu où ceux qui ont envie de réfléchir ensemble puissent échanger sur la base de textes qui contribuent à faire avancer la réflexion.

Nous connaissons les uns et les autres les milieux spécialisés dans tel ou tel champ, mais pas de lieu où ces champs peuvent s’interpénétrer ailleurs que dans des cercles difficilement accessibles à ceux qui s’interrogent sans savoir nécessairement où poser leurs questions, sans tabou, ni formalisme et s’autoriser à critiquer les réponses, voire tout simplement admettre que ces réponses en l’état n’existent pas et qu’il convient de les élaborer.

Nous nous refusons d’admettre que des discours toujours plus réactionnaires et obscurantistes occupent le haut du pavé, bénéficient des oreilles et images réitérées de ceux qui ont la charge d’occuper ” le temps de cerveau disponible ” pour faciliter le développement de l’économie de marché, hors de laquelle il n’y aurait ni espace, ni espoir, ni même interrogation possible. Nous nous souvenons du passé et nous pensons que les mêmes causes peuvent produire les mêmes effets. Nous voulons contribuer à éviter que cela ne se répète.

D’où d’ailleurs l’un de nos thèmes de départ, à savoir la réflexion sur les situations qui ont conduit aux assassinats de masse au vingtième siècle, que ce soit en Europe ou sur d’autres continents.

Il nous semble que de réfléchir sur l’histoire et dans cette histoire de travailler sur les conditions qui ont conduit à des assassinats de masse est indispensable. Pour y procéder, il a fallu que certains les préméditent, les organisent, mobilisent les esprits en les achetant et/ou en les asservissant, trouvent des ressources intellectuelles, matérielles, financières, d’abord dans le secret puis de plus en plus publiquement jusqu’à la prise du pouvoir, et ce y compris par les urnes. Les complicités, les lâchetés, l’atonie, les intérêts personnels, lesquels peuvent se conjuguer avec des intérêts collectifs, le chacun pour soi ont joué chacun leur partition. Mais pour le passage à l’acte, il leur a fallu conduire des politiques, rechercher des boucs émissaires, les faire accepter comme tels et obtenir des soutiens. Il leur a fallu rémunérer les acteurs comme les préparateurs et les organisateurs. Il leur a fallu obtenir le silence par tous moyens, dont la politique des otages mais aussi les exécutions de masse. Ces assassinats de masse ont permis de voler tout ce que les personnes assassinées possédaient et ce vol de masse a permis de rémunérer des millions de personnes dans les pays concernés, lesquelles ne se sont guère interrogées sur l’origine de ces prébendes, voire y sont restées parfaitement indifférentes. Dans le même temps, d’abord très peu, puis moins peu et finalement très majoritairement les peuples se sont levés et ont mis fin à ces massacres, mais à quel prix et qu’en est-il advenu.

Au delà de ce que nous avons connu en Europe, en Afrique, sous les auspices de la colonisation par les Empires, les mêmes horreurs se sont mises en place, avec des systèmes étrangement comparables de complicité, d’éducation à la différence de qualité entre les hommes, jusqu’à créer les conditions des massacres dont le plus massif a concerné au Rwanda les Tutsis en 1994, après que des pogroms de plus en plus massifs les aient frappé en 1959, sous l’autorité du Roi des Belges, puis en 1973, avec les soutiens françafricains et belges, puis en 1994 et les responsabilités se situent aujourd’hui entre l’histoire et le tribunal pénal.

En lien avec le Musée de la Résistance nationale, l’association parisienne des amis du musée de la résistance nationale, l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales, au travers de José Kagabo, historien et expert reconnu par la France comme par le Rwanda, nous avons décidé de créer ici, dans ce lieu, un espace d’échange et de réflexion qui contribue à mettre en évidence ceux qui se refusent à ces méthodes, à ces politiques, ceux qui refusent l’assujettissement, l’asservissement, qu’il soit intellectuel et/ou matériel, ceux qui refusent de se laisser acheter ou compromettre, ceux qui mettent l’éthique, le sens de l’homme et de la dignité au coeur du sens de la vie, ceux qui se battent pour l’homme et sa dignité, sans relâche, jusqu’à mettre leur vie en péril.

Aussi la soirée d’aujourd’hui est-elle placée sous la présidence de Julien Lauprêtre, Président duSecours Populaire Français, dont les premières armes se sont forgées dans la Résistance, ce qui l’a amené à côtoyer dans les prisons françaises ceux de l’Affiche Rouge, au premier rang desquels le poète Missak Manouchian. Il n’est sans doute pas de meilleur orateur pour bien faire comprendre le sens du livre que nous venons de rééditer. Plus encore, il n’est sans doute pas de meilleur promoteur de ce que nous avons tous capacité à agir, à donner sens à ce que nous mettons en oeuvre, et à témoigner de ce que cette démarche est efficace, conquérante et mobilisatrice. Je lui laisse la parole.

Interviendront ensuite nos amis de l’association parisienne des amis du musée. Nous ouvrirons le débat. A son terme, nous prendrons le verre de l’amitié.

Et ceux qui voudront contribuer aux activités de notre association sont invités à s’y inscrire. Joëlle et Muriel recevront avec plaisir votre adhésion. La cotisation annuelle est de 15 euros.